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Flammarion et Le livre lu

Il y a quatre ans, Flammarion lançais « Le livre lu ». À l’heure où les rumeurs concernant la mise en vente de la maison d’édition vont bon train, qu’en est-il de cette incursion dans le monde du livre audio ?

Le quotidien italien La Stampa a lancé la rumeur fin 2011 : RCS, le propriétaire italien des éditions Flammarion souhaiterait revendre la filiale française pour éponger ses dettes. Les bruits de couloir auraient pu s’arrêter là si la convocation d’un conseil d’administration exceptionnel le 19 janvier n’avait relancé la machine à « gossip ». Gallimard est même annoncé comme acheteur potentiel par le site italien Economia web. Information démentie par Antoine Gallimard.

Flammarion et le livre audio

 

 

 

 

 

 

 

Loin de l’idée de donner suite à une rumeur, on s’est quand même demandé ce qu’il advenait du « Livre lu« , la collection de livres audio de Flammarion, dont on a noté la baisse d’activité. Nous avons donc contacté la maison d’édition afin d’en avoir le cœur net.

« HIATUS INDÉFINI »

Tout d’abord, pour en finir avec cette histoire de rachat, il ne s’agirait bien que de rumeurs, aucune information sur le sujet n’a été communiquée au sein de la filiale française de Flammarion. La raison du hiatus, car il s’agit simplement d’une pause, dans la production de livres audio chez Flammarion est que le groupe est actuellement en réflexion sur la stratégie économique à adopter pour poursuivre l’aventure du Livre lu.

« Le public français ne connaît pas le livre audio » confiait Cécile Grenouillet à Lire dans le noir en 2008 avant de poursuivre : « il est difficile de lancer de nouveaux produits à l’heure actuelle, car nous nous retrouvons dans une période économiquement compliquée ». Il semblerait que Flammarion ait du mal à trouver un marché pour sa production audio. « Le livre audio n’a pas de sens au niveau économique » déplore aujourd’hui le groupe. Non pas que le livre audio n’ait pas son utilité mais il semble difficile de lui trouver un marché économiquement viable. « Les ventes de nos livres audio ne couvrent malheureusement pas les coûts de fabrication élevés des CDs… »

LE CD, PRODUIT « HAS BEEN » ?

Le produit sous sa forme actuelle semble le problème majeur. « Plus personne n’a de lecteur de CD ! On est à l’ère du MP3. » En 2008, Cécile Grenouillet rappelait que le livre audio marchait bien aux États-Unis, notamment du fait que « les Américains ont l’habitude de faire de longs trajets en voiture et s’occupent en écoutant des livres ». Aujourd’hui, « même dans les voitures il n’y a plus de lecteurs CD… » Il y a encore eu une production en 2011 du côté du Livre lu mais les énergies vont vraisemblablement se concentrer sur les plateformes de téléchargement. La numérisation du catalogue est un « sujet en chantier ». Mais ils sont tout de même bien embêtés chez Flammarion pour répondre à nos questions sur le livre audio car aucune stratégie officielle n’a encore été établie.

On s’étonne de cette soudaine prise de conscience de la réalité du marché et du changement du support d’écoute, d’autant que le site Internet du Livre lu fait état de « titres forts interprétés par des artistes ou les auteurs eux-mêmes, DISPONIBLES EN FICHIERS MP3 ». On ne peut s’empêcher de repenser – même s’il s’agit d’un avis de « puristes » du son – à la conférence sur les formats audio donnée durant La Semaine du son où l’on nous informait que le MP3 est la plus mauvaise qualité de compression qui existe actuellement. L’intérêt réside dans le poids minimum des fichiers qui permet un échange rapide sur la toile. On peut alors se poser la question de l’intérêt de mettre de tels fichiers sur CD. Certes, le MP3 permet de stocker plus d’heures d’enregistrement sur un seul CD mais à une qualité sonore amoindrie. Pourquoi, alors, s’embêter à réaliser de beaux produits, avec un emballage classieux (et onéreux) si son contenu offre « la version la plus dégradée de l’expression sonore » (dixit le conférencier de La Semaine du son) ?

Il y a là une étude de marché à mener qui concerne certainement tout l’univers du livre audio. Car si le « CD à tout prix », du point de vue de la qualité sonore, reste un point de vue de mélomanes, il est encore des personnes qui ne possèdent pas de lecteurs MP3. Doit-on mettre tout le monde au pas de la technologie et se soumettre à l’hégémonie de l’écoute nomade de fichiers compressés ? Doit-on continuer à fabriquer des CD ? Le CD n’a pas tué le vinyle. Aussi, n’y a-t-il pas de solution alternative, pour le livre audio, qui pourrait – à l’instar de la musique proposée sur le site Qobuz – être téléchargeable sous différents formats de compression et donc à une qualité audio soumise à l’appréciation du consommateur ? Le débat est lancé… 

Marie Gallic

> Lire l’interview de la responsable du département audiovisuel de Flammarion à l’époque du lancement du Livre lu

> Lire le compte-rendu de la conférence CD ou MP3 ? donnée dans le cadre de La Semaine du son

> Site du Livre lu des éditions Flammarion


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