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Les mondes musicaux de Thierry Geffrotin

Il pratique la musique classique depuis plus de quarante ans. Il la joue, l’écoute, et surtout il en parle. D’abord sur les ondes, avec ses chroniques sur Europe 1, et désormais sur nos chaînes hi-fi. Car le chroniqueur musical Thierry Geffrotin a découvert voilà quelques temps les bienfaits du livre audio. Il vient de publier une audiobiographie de Brahms aux Editions Eponymes. Après celle de Mozart et de Chopin, c’est la troisième d’une série qu’on espère longue. Lire dans le noir l’a rencontré dans les studios d’Europe 1 où il officie tous les jours. Dans cet entretien, il sera question de musique, de radio et de livres audio… avec quelques dégustations sonores en fin d’article ! 

Brahms Verso

 

D’où vous est venue l’envie de lire des biographies de compositeurs ?

En 2006, c’était l’année Mozart. Je chroniquais sur Europe 1, une fois par semaine, un épisode de sa vie. J’en ai donc fait 51 histoires, avec une dernière à Salzbourg… Oui j’ai eu la chance d’être à Salzbourg pour l’année Mozart. Bref,  il y  avait plusieurs séquences : d’abord je racontais un épisode de sa vie ;ensuite je faisais une sorte de micro-trottoir. J’allais voir des gens et leur tendais le micro en leur demandant : « Si je vous dis Mozart, vous me répondez.. ? » Comme j’ai la chance d’être à Europe 1, je voyais beaucoup de personnalités défiler, donc j’en profitais. Je me souviens d’une très belle réponse de Philippe Séguin qui me raconta : « Je me souviens d’une représentation de Don Juan à Prague. J’ai voulu rentrer à mon hôtel à pied, simplement pour pouvoir éprouver la même sensation qu’un Praguois revenant chez lui le soir de la première… »

Pourquoi avoir voulu travailler sur Brahms ?

Le grand public ne le connaît pas tant que ça. Il est le symbole, aussi, d’un certain antagonisme France-Allemagne de l’époque, de cette guerre culturelle engendrée par la guerre de 1870. De nos jours, on ne peut pas dire qu’il soit mal-aimé, mais il est mal connu des Français. Seule exception, notable : les années 60, Gaisnbourg a oeuvré pour sa « réhabilitation », avec la chanson Baby alone in Babylone , qui reprend le thème principal du dernier mouvement de la Symphonie n°3. Moi, j’aime bien Brahms pour un tas de raisons. D’abord, il a écrit pour tout le répertoire, à peu près comme Mozart : symphonies, musique religieuse, profane, orgue… Ensuite, sa vie est passionnante mais on ne la connaît guère. Voilà un homme, bon vivant, qui a beaucoup voyagé, qui était proche de Schumann, Strauss… Et puis il y a quelque chose d’intéressant chez Brahms pour un mélomane débutant. Il y a un peu de Bach, un peu de Mahler… On est à la fois dans la musique ancienne et dans celle du XXème siècle.

Sur quels autres compositeurs aimeriez-vous travailler ?

On a un projet avec Christian de Tarlé, des éditions Eponymes, sur la dynastie Strauss. Le nom évoque le père comme le fils. Ce serait intéressant de parler de la valse, notamment, comment une danse populaire est devenue peu à peu l’ultime symbole du raffinement. Sinon, Mendelssohn m’intéresse beaucoup également. Lui, c’est le non-romantique par excellence. Il grandit dans un milieu très favorisé et excelle en tout, pas seulement dans la musique. Mais imaginez qu’il fait jouer en 1820, à vingt ans seulement, La Passion selon saint Matthieu de Bach . Il fallait avoir un sens artistique hors du commun pour le faire ! Cela nous semble normal aujourd’hui, mais souvenons-nous qu’à l’époque, on ne jouait que ce qui était contemporain. La musique qu’on jouait, c’était celle du jour. Enfin, au XXème siècle, j’aimerais explorer la vie de Georges Delerue. (compositeur mythique de plus de 300 musiques de films, notamment ceux de la Nouvelle Vague, ndlr). Je l’ai rencontré une fois. Il est né dans le Nord, famille modeste, il joue de la clarinette dans l’harmonie municipale, et il meurt à Los Angeles… Son destin est prodigieux. Michel Legrand ou François de Roubaixsont aussi des figures qui m’intéressent. 

Vous parlez de musique classique à un public souvent néophyte (que ce soient les auditeurs d’Europe 1,ou vos audiolecteurs). La tâche est-elle difficile ? 

J’essaie d’écrire pour deux publics, en réalité : il s’agit d’intéresser celui qui n’y connaît rien, sans perdre le mélomane. Tout cela passe par la forme. Il ne faut pas passer trop d’idées complexes à la fois. Si je passe à la radio une fugue à trois voix, par exemple, je m’arrête là, je n’en fais pas plus. Mon travail à Europe 1 me guide énormément. C’est une radio généraliste. On ne s’adresse pas à un public captif comme sur France Musique. Donc je m’en insprire. Ce qui m’intéresse beaucoup, aussi, c’est d’aller à l’encontre de certaines idées reçues sur les compositeurs. Prenons Chopin, par exemple. On le présente souvent comme l’archétype du musicien romantique. Or, lorsqu’il quitte sa Pologne natale afin d’aller à Paris, ce n’est pas seulement pour s’exiler… C’est pour faire carrière ! A l’époque, Paris, Londres, Vienne sont les endroits où aller pour se lancer dans la musique classique. Et cela, Chopin le sait…

Le livre audio, est-ce un support que vous connaissez bien ?

Depuis que j’en fais, oui ! J’aime beaucoup l’autobiographie de Jean-Pierre Marielle, Le grand n’importe quoi. C’est très, très bien lu, très pro, et très humain aussi. Il y a une sorte de fraîcheur. C’est mieux que de lire le livre ! J’aimerais aussi écouter les Fragments d’un discours amoureux , de Roland Barthes, lus par Fabrice Lucchini. Je dois dire que je suis heureux de faire du livre audio car j’ai enfin quelque chose de tangible ! C’est de la radio mais que j’ai dans la main… J’aime ce support car il nous emmène vraiment dans l’univers de la personne qui parle. Il n’y a pas le voyeurisme de la télévision. La radio reste pour moi un média extraordinaire. Et puis le support du disque, du CD… Dans un monde où l’on nous dit que l’industrie du disque va mourir, c’est courageux pour un éditeur de produire ça, non ? (Il nous montre son disque de Brahms. On acquiesce). 

AUDIOBONUS  

> Un extrait du Brahms, de Thierry Geffrotin

> Le site des éditions Eponymes


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